“Jardin japonais” versus “jardin d’inspiration japonaise”

        Depuis plusieurs années, je vous parle de cette fâcheuse habitude qu’ont les Occidentaux de survoler des pratiques venus d’ailleurs, et en l’occurrence ici du Japon, et d’affirmer très vite qu’ils sont des spécialistes, dotés d’une totale maîtrise…! Waouh, çà décoiffe ! Il n’y a pourtant rien de dégradant à dire : “Je réalise du jardin d’inspiration japonaise”. Ceci ne va pas à l’encontre de la beauté de la réalisation, s’il y a. Alors, certains pourraient se demander pourquoi j’insiste. C’est dans le but de vous apporter toujours plus de connaissances.

niwaki taille japonaise jardin japonais frederique dumas voyage d'etudes au japon tsubo-niwa jardin shizen no sei

Je le répète donc, il y a “jardin japonais” et “jardin d’inspiration japonaise”, tout comme il y a “niwaki” et “taille en nuages”. Je l’affirme donc encore une fois, une personne qui n’a pas appris les règles de la création de jardin japonais traditionnel ne peut réaliser que du jardin d’inspiration japonaise. Il lui est autrement impossible de réaliser un véritable et authentique jardin japonais…

Et il y a une raison toute simple à cela, qui est en rapport avec la conception japonaise de la créativité, présente dans toutes les formes d’art et autres créations artistiques, jusque dans l’artisanat. Présente dans la peinture, la sculpture, la poésie… mais le jardin au Japon n’est-il pas justement considéré comme un poème chantant la montagne…?

niwaki taille japonaise jardin japonais frederique dumas voyage d'etudes au japon tsubo-niwa jardin shizen no sei

Comprenez bien, dans la culture japonaise, une totale liberté de création est considérée comme contre-productive. Les Japonais partent du principe que la contrainte imposée par des règles précises présente un immense intérêt pour la créativité elle-même. On peut adhérer à cette idée ou pas, la trouver totalement folle ou au contraire très subtile, peu importe, c’est ainsi. Ce qui est, EST. Après, chacun fait ses propres choix. On est obligé de rien…

niwaki taille japonaise jardin japonais frederique dumas voyage d'etudes au japon tsubo-niwa jardin shizen no sei

Alors, pourquoi cette idée ? Parce que les Japonais pense que la contrainte pousse à chercher des solutions pour pouvoir s’y conformer et que face à l’impossibilité de trouver des solutions conventionnelles, on doit souvent avoir recours à d’autres qui ne le sont pas. C’est donc précisément en cela que la contrainte pousse à la créativité, à l’innovation, à trouver des formes réellement novatrices et “poétiques”, qui amène le pratiquant à se dépasser. Ainsi, dans ce paradoxe, c’est se conformer à la contrainte qui mène à l’innovation, et la contrainte qui engendre la plus grande liberté de création. Et plus elle est sévère, plus elle est créatrice. On aurait tort de s’en priver…

niwaki taille japonaise jardin japonais frederique dumas voyage d'etudes au japon tsubo-niwa jardin shizen no sei

Cette loi est présente d’ailleurs partout, même si elle est plus particulièrement cultivée au Japon. En psychologie par exemple, on dit d’un enfant qu’il se construit sainement en expérimentant aussi des frustrations.

Plus clair, maintenant ?

4 commentaires

  1. Très intéressant de se pencher sur cette thématique, en essayant de pousser plus loin la compréhension. Pour ma part je crois que ce qui est complètement étranger aux occidentaux et aussi la dimension spirituelle de la société japonaise. Chaque japonais a pleinement conscience de l’immensité de ce qui l’entoure et du fait qu’il n’est qu’un petit maillon de cette chaîne. Ils abordent donc la création d’un jardin avec une énorme humilité. (Contrairement aux idées chrétiennes qui font de l’homme, le chef d’oeuvre de la création né pour dominer la nature). Le japonais essayera de trouver l’essence du lieu pour en faire ressortir le caractère, comme un parent qui après avoir chercher le caractère de son enfant, essaye de le guider vers sa réalisation. La notion fondamentale est de se mettre au service. Quand la réalisation occidentale est souvent plus d’imposer son idée au lieu, sans être attentif aux détails qui font de cet endroit un lieu unique. J’ai pour ma part très souvent entendu, dans le bonsaï, la sélection des Kois, l’ikebana, et beaucoup d’autres arts nippons, la métaphore du parent attentionné cherchant à faire jaillir au grand jour le caractère merveilleux d’un enfant chéri.
    La prochaine fois que vous vous assiérez dans un jardin, essayez de penser à ça, vous allez voir que ça change les choses. Même chose pour concevoir votre prochain jardin peu importe son inspiration!!!
    Bravo pour ce site et merci pour votre merveilleux travail !!!!

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *