Jardins japonais – Incarner Teioku ichinyo 庭屋一如

        Dans les temps anciens, les Japonais se confiaient entièrement à la terre mère et pendant très longtemps, ils ont vécu dans des maisons avec des sols en terre. Ces habitations de bois et de chaume leur servaient pour dormir, se reposer, stocker leur nourriture, et en tant qu’abri contre le vent et la pluie. Les heures de la journée étaient dépensées à l’extérieur, à travailler et à jouer. Les gens vivaient totalement dans les bras de la nature, une relation intime avec elle.

Puis les constructions ont évolué et quand ils ont commencé à vivre dans des logements plus confortables et parquetés, la quantité de temps passé à l’intérieur a progressivement augmenté. Cependant, les gens ont continué à concevoir leurs maisons afin de pouvoir profiter de l’extérieur, avec la nature dans leurs cœurs.

Ensuite, les villes se développèrent jusqu’à devenir bondées, avec de nombreuses maisons, et les gens commencèrent à créer des jardins, parce qu’ils sont une parfaite reproduction miniature de la nature.

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Dans les très belles résidences, il y avait un grand étang, avec des ruisseaux qui circulaient entre les bâtiments et l’eau claire qui se jetait dans l’étang. Les champs étaient plantés d’arbustes et d’arbres afin que les vues et les ambiances des quatre saisons puissent être constamment appréciées, floraison de printemps et flamboiement des couleurs d’automne. Les insectes et les oiseaux ont été invités afin que leur chant puisse être entendu au sein de la résidence.

C’était la recherche d’un espace de vie dans lequel le bâtiment et le jardin forment une totale unité. C’est devenu une tradition dans l’architecture japonaise d’incarner teioku ichinyo 庭屋一如, c’est-à-dire une exquise harmonie entre le bâtiment et le jardin. Il s’agit d’une expression du sentiment japonais de ne pas pouvoir vivre sans la nature. Dans les maisons de ville de zones fortement peuplées, il y a en arrière les jardins et les espaces intérieurs, là où le ciel bleu reste visible, de sorte que le contact avec la nature ne soit jamais perdu. Cette façon de vivre est un idéal éternel pour les Japonais.

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Avec la naissance de la natte en paille de riz ou tatami, la vie intérieure est devenue encore plus confortable. Dans les différentes pièces, des paysages, des oiseaux, des fleurs et autres beautés de la nature ont été peints sur les portes et les parois coulissantes, de sorte que les pensées des gens restaient tournées vers la nature. Des fleurs, branches d’arbres et autres végétaux ont été également organisés en bouquet et leur fraîcheur appréciée. Une véranda a été ouverte sur l’extérieur, construite tout autour de la salle recouverte de tatamis ou zashiki. Au-dessus de la véranda, un toit en surplombait tout le chemin, en le protégeant de la pluie. Une autre véranda a été construite sur un niveau inférieur à celui du premier, appelée nure-en ou “véranda humide”, parce qu’elle a été réalisée à l’extérieur des volets. Puis vient la kutsu nugi ishi, la grosse pierre où l’on retire ses chaussures. C’est comme si le plancher de la salle se prolongeait en douceur par étapes jusqu’au jardin.

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Le caractère chinois pour en (縁) que l’on retrouve dans le terme engawa signifiant “véranda” peut aussi être lu comme fuchi qui signifie “frontière” ou “sur le bord”. Tout comme la phrase ご 縁 が あ り ま す ね (goen ga arimasu ne) qui signifie “avoir une connexion ou un destin commun avec quelqu’un”. D’un côté, la véranda divise la maison et le jardin, en la protégeant des intempéries, mais de l’autre elle joint la maison à la nature. Le sol de la maison se prolonge alors jusqu’à toucher le jardin et est ainsi constamment connecté avec lui. C’est l’harmonie avec la nature que la structure de la maison japonaise encourage et la véranda joue un rôle de premier plan dans ce domaine.

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